Petite Val,
Je t'écris du monde des adultes, à 1.60 mètre d'altitude pour te dire qu'il y fait très beau depuis qu'une petite bonne femme trottine dans ma vie, à 75cem au dessus du niveau de la mer.
Je t'écris pour que tu te souviennes des jours heureux que nous passions ensemble, pour que tu puisses en rêver et en rire, pour le reste de tes jours.
A toi, qui insouciante et heureuse oublie tout d'un jour à l'autre, je vais écrire une belle histoire.
« Hier, nous avons fait petite Val, une incursion dans le livre de Mary Poppins.
Bien sûr tu ne comprenais pas ce que je lisais : je claquais des doigts, faisant mine de vouloir ranger ta chambre et tu riais aux éclats, essayant sans succès de m'imiter. Puis à force de rire, peu à peu je t'ai vu disparaître dans le grand livre. Alors je me suis mise à rire moi aussi pour te rejoindre dans ce monde fantastique que j'avais oublié et qui dormait au fond de moi : l'enfance.
Nous sommes arrivés dans l'histoire au moment des chevaux de bois. Tu dodelinais la tête de gauche à droite en écoutant la musique lointaine et tu me regardais d'un air interrogateur ... J'étais heureuse de prendre ta petite main dans la mienne pour te guider vers la découverte d'un univers que je connaissais, à mi-chemin entre le rêve et la réalité.
J'ai retrouvé la route sans peine : nous avons rencontré Mary, Bert, Jane & Michaël à la terrasse du café. Tu leur as souri timidement, étonnée qu'ils connaissent ton prénom. Tu as ri aux éclats devant le spectacle des pingouins clopin-clopant, servant hasardeusement les rares clients.
Ensuite nous sommes parvenus au manège des cheveux de bois : tu étais trop petite pour monter seule et je t'ai prise avec moi. Au début tu as eu très peur, tu serrais tr-s fort ma main et te blottissais contre moi. Je me sentais forte parce qu'il fallait que par ma seule présence, l'unique chaleur de mon corps contre le tien, je te rassure, je transforme ta peur en plaisir.
Mary venait de dégager les chevaux du manège et nous étions tous lancés à sa poursuite dans une course folle : j'avais gagné quelqu'un soit l'issue : tu riais aux éclats en clament à tue-tête : « A dada, a dada ! »
Puis Mary a disparu ... Notre beau cheval bleu et rose s'est arrêté et bien sûr tu as pleuré. J'ai compris que c'était la fin d'une belle histoire et moi aussi les larmes me sont venues aux yeux. »
Tu es blottie contre moi.
Je referme le livre et instinctivement nous regardons toutes les deux par la fenêtre : Mais il n'y a ni cerf-volant, ni parapluie dans le ciel.
C'est la fin d'une belle histoire, Val, mais le notre ne fait que commencer : nous avons tellement à apprendre l'une de l'autre ; tellement d'amour à nous donner, de complicité à échanger, de bonheur à partager.
Je te donne ma force pour qu'elle nourrisse la tienne,
J'essuie tes larmes et console tes peurs,
J'efface d'un geste tendre les stigmates du dernier chagrin.
« Non, non, non ! » fais-tu en dodelinant la tête de fauche à droite. Non je sais : tu ne m'as rien demandé et c'est justement pour cela que je te dois tout.
Petite Val, fais de beaux rêves, je viendrais t'y rejoindre.
Maman
Mai 1993